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La gauche est morte à Conflans

Mis à jour : 25 oct. 2020

Par Atila Özer

23 octobre 2020

Originellement vouée à l'émancipation par les Lumières, la gauche française, trop longtemps aveugle à l'offensive islamofasciste contre les libertés, ne sait plus quoi proposer après la décapitation de Samuel Paty. Fin d'une longue et complète faillite, qui oblige à reconstruire l'Universel.





Elle ne tenait déjà plus debout. Mise en charpie par ses renoncements, ses divisions, ses crispations d’appareil dignes du pire des conservatismes.

Il y avait eu, face au moment Charlie Hebdo, un véritable festival d’infamies progressistes. À peine la rédaction libertaire décimée, la policière Clarissa Jean-Philippe abattue, les otages juifs de l’Hyper Cacher exécutés, la gauche au grand complet s’agenouilla devant les bourreaux. Celle de gouvernement s’empressa de parler fort !... Et de faiblir au lieu de résoudre, préférant promettre aux binationaux une déchéance réclamée par le Front national. Côté bureaucraties héritières de Trotsky ou Staline, côté intellectuels critiques ou radicaux, on hésita à condamner l’inexcusable. Vous comprenez, l’islam, opium des exploités, y toucher, directement ou indirectement, c’est faire le jeu du capitalisme, se coucher devant Le Pen. On reprocha aux caricaturistes morts sous les balles du fanatisme religieux d’y être allés trop fort, avec leurs crayons. D’avoir, par leur islamophobie, un peu cherché cette sainte violence. Karl Marx s’est retourné dans sa tombe... Mais la gauche française, depuis l’apparition de l’« antisionisme », résurrection de l’antisémitisme, son péché mignon, Karl Marx, elle le lisait d’un œil distrait. Ou plutôt avait cessé de le lire. Et Khomeyni était passé par là. Et grâce à Michel Foucault, la gauche avait compris que cause révolutionnaire et dogme fondamentaliste ne faisaient qu’un, en fin compte.

Il y avait eu, après cette équipée guerrière contre la liberté de la presse, les Juifs et l’État républicain, tant de piqûres de rappel, que les plus égarés des islamogauchistes ne pouvaient plus détourner le regard. Décemment, à tout le moins.

Novembre 2015, 130 morts.

14 juillet 2016 à Nice, 86 morts.

Puis Beltrame.

Puis le marché de Noël de Strasbourg.

Puis la préfecture de police de Paris.

Puis… de nouveau Charlie Hebdo.

Entre autres.

Mais imperméable à toute réalité, l’islamogauchisme avait regardé ailleurs.


Qui, à gauche, pour combattre l’islamofascisme ? Qui, à gauche, pour aider les femmes, les homosexuels, les athées d’origine musulmane à se libérer du carcan de la religion, de la tutelle des Frères, de l’étouffoir communautariste ?...

Vint le tour de Samuel Paty. Républicain exemplaire qui avait eu le tort de transmettre la liberté d’expression – valeur progressiste depuis le siècle des Lumières. Décapité par un énième djihadiste. Avec le soutien d’une authentique Internationale. Non de celles qui, impuissantes, sclérosées, se réclament d’un peuple qu’elles n’intéressent plus. Soutien des islamistes un peu partout dans le monde. Soutien de lycéens achetés pour désigner la cible. Soutien d’un parent d’élève qui a livré le professeur à la vindicte en ligne. Soutien du djihadisme français, auquel s’offrait une occasion de vengeance après sa mise en cause dans le procès de Charlie Hebdo.

Alors, qu’a-t-on vu ? Réveil ? Mea culpa ? Fin de la complaisance ? Non, c’eût été trop beau. Marine 2022, programme commun des gauches désunies. L’ectoplasme Hollande s’est réjoui des batailles gagnées. Le socialiste national Jean-Luc Mélenchon a inventé un nouveau bouc émissaire : les affreux Tchétchènes, collectivement coupables de tous les maux. Cependant que l’émancipateur Poutou dénonçait l’islamophobie et défendait le CCIF… Qui, à gauche, pour combattre l’islamofascisme ? Qui, à gauche, pour aider les femmes, les homosexuels, les athées d’origine musulmane à se libérer du carcan de la religion, de la tutelle des Frères, de l’étouffoir communautariste ?... Personne. Ou quelques-uns, qu’une main ou deux suffisent à dénombrer.

Prisonnière de son avant-gardisme obsolète, de ce sociologisme aveugle au facteur idéologique, aux oppressions spécifiques de genre, aux nouvelles formes d’impérialisme – l’expansionnisme d’Erdogan, par exemple –, la soi-disant gauche, jadis arme des dominés, aujourd’hui outil de la Soumission, est incapable de faire face à l’éclatement de la société française. Aux angoisses des victimes du djihadisme. Aux attentes des musulmans adeptes de la liberté. À la nécessité de réaffirmer l’Universel, dans un contexte où les organicismes de tous bords phagocytent le débat public, rendant possible la victoire de l’extrême droite.

Incapable de faire face à la donne historique actuelle, après avoir renoncé à inventer un autre monde, et livré à l’abandon les classes populaires, les quartiers ghettoïsés, les professeurs qui tenaient à bout de bras la promesse de l’émancipation par l’égalité républicaine.

Voilà pourquoi, ces jours-ci, lorsqu’on lit les journaux, regarde l’info en continu, on a cette drôle d’impression que la gauche, en quelques jours, a vieilli de trente ans, voire d’un siècle…

Voilà pourquoi, dorénavant, cette « gauche » est inaudible. Voilà pourquoi, le 16 octobre à Conflans, cette « gauche » moribonde est morte pour de bon.

Triste situation, à moins de deux ans d’une présidentielle périlleuse. Après une si complète faillite, l’Universel est à reconstruire. C’est un travail de longue haleine. Une traversée du désert. Mais il faudra en passer par là, si l’on veut qu’un jour, une gauche à la hauteur du présent et de l’avenir finisse par renaître.

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