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PHOTO : "Écumes"

Par Jeanne Nemerov

12 septembre 2020


Life on Mars inaugure sa galerie photo avec « Écumes » d’Ismaël Denis. « Essai d’exploration de l’être du monde », a-t-il confié à Jeanne Nemerov, qui présente la série.

D’abord, elle n’est pas là, il n’y a que houle, ce mouvement long, lent, quasi éternel. Ce non-mouvement. Substance de l’Océan, par rapport à quoi elle n’est rien, ne peut rien signifier, même si, à la faveur d’un vent, ou sur la coque d’un pétrolier, ici ou là, elle apparaît.

Immergée dans cette complétude, cette contemplation de soi, la houle ignore les facéties de l’écume, et de sa propre splendeur, hiératique, indégradable, tire jouissance à l’infini, semble-t-il.


Soudain, la Déesse se réveille. De la Terre, elle est l'écume.

Mais bientôt, de soi-même la houle se lasse. Et sur la côte où elle s’est fracassée, s’installe, histoire de se mirer de l’extérieur, de s’offrir sur soi-même une perspective plus objective.

Alors, elle comprend. Que l’écume n’est pas rien, mais la splendeur de sa propre mort. Que sans ce moutonnement éphémère et brouillon, l’Océan serait néant, masse idiote, ne méritant aucun regard.

Puis la tempête lui révèle que loin de pouvoir être réduite au rien, l'écume n’est autre que la splendeur de sa propre vie. Que l’écume n’est autre que son envers fougueux. Et que la houle n’existe qu’en vue de ces perfections, qui sont le sens, la substance, la raison d’être de l’Océan.

Car c’est comme écume que la houle sculpte le monde. Car c’est par l’écume qu‘elle s’ouvre à ses visiteurs. À cette planche de surf qui prétend la dompter. À cette écume tardive du hasard vital : un être humain en quête de victoire fugace... ou qui ne sait se prosterner devant la Déesse Houle qu’en essayant de glisser sur sa crinière sauvage.

Soudain, la Déesse se réveille. De la Terre, elle est l'écume. Tout comme, de la Voie lactée, la Terre est écume. Tout comme, de l'Éternité, l'Univers est écume...



« Écumes » | Ismaël Denis







© 2020 Ismaël Denis


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