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PSYCHÉ : "American Head" des Flaming Lips, album stupéfiant.s

Mis à jour : 11 nov. 2020

Par Dr Deaf Bowman

12 septembre 2020


Rêverie sous acide, mélancolique et planante, l’opus élève le groupe au sommet de sa (très longue) carrière.





Pas franchement une nouveauté, le rock psychédélique. Jefferson Airplane décolle en 66. Pas franchement des bambins, les « Lèvres Flamboyantes ». C’est en 83 que le chanteur Wayne Coyne en dessine le contour initial, dont il ne reste aujourd’hui que Michael Ivins.

Avoir des trains de retard, ça ne les dérange pas trop, les Flaming Lips. C’est même leur style de vie. C’est même dans leur ADN. Leurs débuts furent prometteurs. Il n’est qu’à écouter « Bag Full of Thoughts », sorti en 84 sur leur premier EP. Seulement, le groupe prenait en marche le TGV du post-punk fonçant tout droit vers le terminus proche.



Du coup, il faut bien le dire, les Flaming Lips ont galéré. Pas deux ou trois ans. Même pas dix. Ou vingt. Plutôt… en permanence, hormis des phases de grâce. Ce n’est qu’en 1990 que Warner Music les repère. Et qu’une demi-décennie plus tard qu’ils larguent enfin leur rock attardé, pour s’engager dans des voies nettement plus expérimentales, dérivant peu à peu vers un style néopsyché. Cela donnera du très bon, The Soft Bulletin (1999) et Yoshimi Battles the Pink Robots (2002) – enfin le succès commercial ! –, mais aussi du superflu, en mode confession publique de panne d’inspiration, avec ces albums de reprises des Pink Floyd et des Beatles sobrement intitulés… The Dark Side of the Moon (si si) et With a Little Help from My Fwends (un « w », ça change tout dans la vie).

Comment, après semblable odyssée, trouver assez de ressource pour surprendre le monde, et peut-être d’abord se surprendre soi-même ? Qui plus est lorsque depuis vingt ans, on persévère dans le psyché, genre forcément sympa, mais antédiluvien ?...


American Head excelle surtout dans la phénoménologie des paradis artificiels.

Avec un Oczy Mlody (2017) audacieux et astral, et un King’s Mouth (2019) aérien, solaire, les Flaming Lips avaient commencé à remonter la pente. Or American Head, c’est encore un cran au-dessus. Clairement l’apogée de leur longue discographie.

Éclair de génie ? Trouvaille sonore ? Emballement aléatoire de la puissance d’innovation ? Rien de tout cela. Plutôt le contraire. Une sorte d’apaisement de la démarche créatrice. La voix du zen : quête d’équilibre, d’harmonie. Prendre son temps pour toucher au parfait.

On est d’abord envoûté par la finesse des compositions. Rythmes lents, mélodies planantes, guitares apolliniennes, voix éthérée… Sur nuages translucides de sons électro. American Head exsude ainsi une atmosphère mélancolique, sans pour autant basculer dans un quelconque romantisme. Car ce rock psyché tirant vers la dream pop livre une fresque vitriolesque du rêve américain. Les paroles explorent la tête de la jeunesse. Pour n’y trouver qu’errements, violences, tristesse et illusions. Sublime premier titre, « Will You Return/When You Come Down » évoque les tourments de ceux dont les amis sont morts, assaillis par leurs fantômes, hantés par leurs cris. Et l’album est jalonné de circonstances dramatiques : accident de moto, vol qui tourne mal, disparition prématurée, ou encore agonie…

Mais American Head excelle surtout dans la phénoménologie des paradis artificiels. Pas moins de quatre titres se référant aux drogues, parmi lesquels le très touchant « You N Me Sellin’ Weed », sensations et espérances d’un couple qui deale, et le doux-amer « At the Movies on Quaaludes », sur les illusions mortifères engendrées par la défonce :

« We’re so high that we

Forget that we’re alive

As we destroy our brains

Till we believe we’re dead

It’s the American dream

In the American head »[1]



Zen, plutôt qu’avant-gardiste, l’album garde néanmoins trace du goût des Flaming Lips pour l’invention sonore, particulièrement à l’œuvre dans les plages instrumentales : « Watching the Lightbugs Glow » et « When We Die When We’re High ».

C’est donc l’opus de la grande synthèse, de toutes les réussites. Un voyage magnifique dans les espoirs déchus.

Au terme d’une quarantaine d’années de tentatives en tous genres. Stupéfiante prouesse.

[1] « On plane tellement qu’on Oublie qu’on est vivants Car on se détruit la cervelle Au point de croire qu’on est morts C’est le rêve américain Dans la tête américaine »


AMERICAN HEAD des FLAMING LIPS

Album sorti le 11 septembre 2020


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