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TOP : Les 50 meilleurs titres de la vague post-punk

Mis à jour : 30 déc. 2020

Par Dr Deaf Bowman

12 septembre 2020

1978. Punk is dead ! Oui, mais se lève alors une nouvelle vague, introspective, froide et arty, sans doute l’une des plus belles de l’histoire du rock : le post-punk. En voici la genèse. Et les cinquante meilleurs titres.





14 janvier 1978. « Prestation » calamiteuse des Sex Pistols à San Francisco. Le chanteur, Johnny Rotten, mi-dégoûté, mi-sarcastique, lance au public : « Ever get the feeling you’ve been cheated ? »[1]. C’en est fini du groupe phare de la vague punk originelle. Fini de cette vague elle-même, qui s’était levée à peine deux ans plus tôt, dévastant le paysage rock gentillet légué par le flower power, avant qu’elle ne s’écrase sur la plage monotone du music business, des provocs faciles et de l’autocaricature. Punk is dead.

No future pour le rock ?

La tentation de le croire était forte. Mais de quoi la vague punk était-elle morte, au juste ? Des overdoses d’héroïne ? de la vie chaotique des groupes ? des menées aseptisantes de l’industrie du spectacle ?... Explications superficielles. Le punk était violent, radical, brut et destructeur, mais… du fait de cette énergie même, souffrait congénitalement de pauvreté artistique. Ce qui l’avait condamné à tourner en rond.

Si possibilité de résurrection il existait pour le rock, après la mort des hippies et de leurs fossoyeurs enragés, elle serait à chercher dans une démarche contraire : froide, introspective, pluraliste, arty.

Tandis que les punks, encroûtés dans leurs gueulantes et leurs rythmes infernaux, surfaient encore sur leur triomphe, certains, et pas des moindres, s’aventuraient déjà dans cette voie. Les Allemands avant-gardistes de Kraftwerk, qui inventaient, dès Autobahn (1974), une musique technologique, répétitive, glacée, à l’image du monde industriel. David Bowie, exilé à Berlin-Ouest, où il accouchait – ressourcé par la radioactivité ambiante – d’une trilogie abstraite et hardie : Low, « Heroes », Lodger. De l’autre côté de l’Atlantique, Television, qui rompait avec sa propre esthétique punk en publiant un Marquee Moon virtuose et romantique. Ou encore Alan Vega et Martin Rev (Suicide), qui osaient le sacrilège suprême en accouplant le punk à l’électro avec une boîte à rythmes et un orgue Farfisa – OMG !...

C’était l’année 77, le post-punk, de toutes parts, se cristallisait. Il lui manquait toutefois son Sid Vicious, son héros. Ce serait une héroïne, Susan Janet Ballion, fondatrice rebelle et charismatique de Siouxsie and the Banshees. En août 1978, le turbulent et chinoisesque

« Hong Kong Garden » atteint la septième place des charts anglais. L’album The Scream, sorti trois mois plus tard, est encensé par Rolling Stone. Il réinventait guitare et batterie, offrait des textes poétiques, transmuait le punk en une musique sophistiquée, donnait envie de faire pareil à tous les artistes en quête de Graal. Cette fois-ci, la vague post-punk était lancée.

« Post-punk » ?... Ou « New Wave » ?... Querelle terminologique dénuée d’intérêt. Sous ces vocables, quelle substance ? C’est là que tout se corse. Car si le punk était bordélique, le post-punk l’est à la puissance mille. Durant les dix-quinze années qu’a duré cette vague (des éclaireurs berlinois jusqu’à la queue de la comète, qui brille de ses derniers feux dans le sublime Disintegration des Cure, en clôture des 80s), ça part dans tous les sens, ça s’unit et divorce en une myriade de chapelles, quand ça ne rejette pas l’idée même d’appartenance. Vague libertaire, solipsiste, adepte du déroutage et de l’hybridation. Quoi de commun entre les pitreries dadaïstes de Devo, les cafardeuses atmosphères de Joy Division, la rythmique funky de Gang of Four, la dark wave glaçante de Bauhaus ou Alien Sex Fiend, l’indus dansant et fasciste-en-mode-grosse-déconne de Deutsch-Amerikanische Freundschaft (D.A.F.), le ska humoristique de Madness, le « Fade to Grey » monocorde et glamour de Visage, le nonsense psyché des B-52’s, les subversions gay de Frankie Goes to Hollywood, le lyrisme mélancolique d’Echo and the Bunnymen ?... Pas grand-chose, hormis le désir farouche d’ouvrir pour le rock de nouveaux sentiers.


Et pendant que les chanteurs pop flanqués en tête de gondole déversent leurs mélodies kitsch aujourd’hui oubliées, sous les radars, quoique pas toujours, les artistes post-punk expriment ce nouveau réel.

Oui, mais un pas-grand-chose disruptif, décisif : quelques traits, sinon systématiques, du moins récurrents, qui confèrent à l’ensemble une tonalité propre, immédiatement identifiable. Ce son tellement original qui résonnait vers 1980. Tout d’abord, c’est bien connu, les synthétiseurs. Mais aussi : basse au premier plan ; guitares et voix réverbérées ; ambiances cold et tristes ; tourment intérieur néoromantique... Sans oublier le peaufinage en studio : enregistrements innovants, maniérés, partie essentielle du processus créatif.

Cette disruption sonore, c’est la bande-son de l’époque. Les Trente Glorieuses et leur sourire cucul font place au néolibéralisme, féroce et cynique. La technologie, envahissante, commence à révéler son visage mortifère. Et entre l’Amérique devenue réac et l’URSS moribonde, la guerre froide bat son plein… Le monde ensoleillé des Beach Boys a disparu. On est entré dans une phase grisâtre, inquiète. Et pendant que les chanteurs pop flanqués en tête de gondole déversent leurs mélodies kitsch aujourd’hui oubliées, sous les radars, quoique pas toujours, les artistes post-punk expriment ce nouveau réel.

Il en résultera – comme on s’en rendra compte après coup – l’une des plus somptueuses pages de l’histoire du rock. Qui se rattache au punk par son anticonformisme. Tout en le congédiant par sa finesse et sa luxuriance.

Les titres mémorables de la vague post-punk se comptent en fait par centaines. On pourrait citer intégralement certains albums de Cure, Police, Sonic Youth, Joy Division... Mais en noyant la diversité de ce tout hétéroclite. Obéissant à la règle d’une seule mention par groupe, le top 50 qui suit n’a d’autre vocation que d’en brosser un tableau représentatif, incluant précurseurs et fulgurances attardées. Sans doute révèle-t-il, en clair ou en creux, nos partis pris ainsi que nos injustices.

Place au supersound 1980…

[1] « Vous avez déjà eu le sentiment de vous être fait avoir ? »



TOP 50 POST-PUNK par Life On Mars sur Spotify



1. David Bowie, "Heroes" (1977)

2. The Cure, "Lovesong" (1989)

3. The Police, "Message in a Bottle" (1979)


4. Joy Division, "Decades" (1980)


5. Sonic Youth, "Teen Age Riot" (1988)

6. Suicide, "Cheree" (1977)


7. Kraftwerk, "Trans-Europe Express" (1977)


8. Siouxsie and the Banshees, "Hong Kong Garden" (1978)


9. New Order, "Blue Monday" (1978)


10. Television, "Marquee Moon" (1978)


11. Gang of Four, "Damaged Goods" (1979)


12. The Damned, "Neat Neat Neat" (1977)


13. D.A.F., "Der Mussolini" (1981)


14. Cocteau Twins, "Sugar Hiccup" (1983)


15. Iggy Pop, "China Girl" (1977)


16. Madness, "One Step Beyond" (1979)


17. The B-52's, "Planet Claire" (1979)


18. The Romantics, "Talking in Your Sleep" (1983)


19. Alien Sex Fiend, "Dead and Buried" (1984)


20. Frankie Goes to Hollywood, "Relax" (1983)


21. The Durutti Column, "Never Known" (1983)


22. Visage, "Fade to Grey" (1980)


23. Young Marble Giants, "N.I.T.A." (1980)


24. The Smiths, "This Charming Man" (1983)


25. Wire, "I Am the Fly" (1978)


26. Taxi Girl, "Cherchez le garçon" (1981)


27. The Sound, "I Can't Escape Myself" (1980)


28. The Sisters of Mercy, "Lucretia My Reflection" (1987)


29. Orchestral Manoeuvres in the Dark, "Enola Gay" (1980)


30. The Psychedelic Furs, "We Love You" (1980)


31. Echo and the Bunnymen, "The Killing Moon" (1984)


32. Depeche Mode, "Just Can't Get Enough" (1981)


33. U2, "New Year's Day" (1983)


34. Devo, "(I Can't Get No) Satisfaction" (1978)


35. Eurythmics, "Sweet Dreams" (1983)


36. Bauhaus, "Bela Lugosi's Dead" (1982)


37. Tears for Fears, "Head Over Heels" (1985)


38. Talk Talk, "Life's What You Make It" (1986)


39. Ian Dury, "Sex & Drugs & Rock & Roll" (1977)


40. The Opposition, "Very Little Glory" (1981)


41. Simple Minds, "Don't You (Forget About Me)" (1985)


42. Soft Cell, "Tainted Love" (1981)


43. The Stranglers, "Dead Loss Angeles" (1979)


44. Public Image Ltd., "Public Image" (1978)


45. Fad Gadget, "Lady Shave" (1985)



46. Tuxedomoon, "No Tears" (1978)


47. Pere Ubu, "Modern Dance" (1978)


48. Cabaret Voltaire, "Nag Nag Nag" (1979)


49. Art of Noise, "Moments in Love" (1984)


50. XTC, "Making Plans for Nigel" (1979)


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